The world we knew

Tav Falco's Panther Burns

par Fabien Gabaig le 09/03/2014

Note: 7.0    
Morceaux qui Tuent
Do the robot
She's my witch
The world we knew


A la fin des années 80, Jim Jarmusch avait consacré un film à Memphis, "Mystery train", avec parmi les personnages principaux Joe Strummer, dans le rôle d'un prolo à la dérive, et Screamin' Jay Hawkins qui, lui, interprétait un employé d'hôtel. Dans le hall de la gare, deux touristes japonais, obnubilés par Elvis et Carl Perkins, demandaient leur chemin à un passant sans même se rendre compte qu'ils adressaient la parole à l'une des légendes de la ville, le truculent Rufus Thomas, grand trublion de chez Stax. Le film, avec beaucoup d'ironie, montrait à quel point Memphis n'était plus que l'ombre d'elle-même, tout au plus une ville-musée dévorée par l'aura de ses anciennes stars, une ville dont les personnages les plus pittoresques étaient finalement relégués à l'anonymat de simples figurants.

"The world we knew", sorti en 1987, est un humble hommage au son de Memphis et à tous les personnages de second plan qui ont nourri l'histoire du blues et du rock'n'roll sur les deux berges du Mississippi. Produit par Alex Chilton, enregistré dans les studios de Sam Phillips, le disque est entièrement composé de reprises empruntées à quelques seconds couteaux et à d'illustres inconnus. Comme sur la plupart des disques de Falco, l'ambiance évoque plus les salles de bal et les saloons que le professionnalisme des prises studio. Toutes les chansons fleurent bon le Tennessee mais on y trouve de tout. Du rockabilly à la mode des Cramps ("Dateless night") et une ode aux carburateurs ("She's a bad motorcycle"), du tango pour célébrer les racines argentines de Gustavo Falco ("Drop your mask"), des danses étranges ("Do the robot", qui sonne un peu comme du Devo, ou encore le sombre "Ditch digging"), du funk trempé dans la sauce swamp ("Pass the hatchet") et même un numéro de crooner lugubre et fantastique, semblable à du Sinatra sous traitement orphique ("The world we knew").

Falco est au chant et à la guitare. Alex Chilton joue sur à peu près tous les morceaux et des membres des Hellcats assurent les choeurs sur le titre central, "The world we knew". Un disque post-Sun et post-Stax. Alors que Memphis était dans le creux de la vague, les Panther Burns, avec simplicité et décontraction, ravivaient les braises qui couvaient sous Beale Street. Rien que pour ça, cette galette vaut le détour.


TAV FALCO'S PANTHER BURNS She's my witch