The sweetness of the water

Spring Heel Jack & Wadada Leo Smith

par Sophie Chambon le 02/08/2004

Note: 9.0    

Après le succès rencontré lors de la tournée anglaise de Spring Heel Jack (cf la chronique du précédent "Spring Heel Jack Live") le groupe a repris le chemin du studio pour continuer ses expérimentations d'un free jazz électro-acoustique mâtiné de drum & bass : ainsi est sorti en mai dernier ce quatrième album "The sweetness of the water" dans la Blue Series du label de Matthew Shipp, Thirsty Ear.

Le personnel de cette séance a changé quelque peu : si l'on retrouve le duo anglais fondateur, les DJ Ashley Wales et John Coxon qui s'en donnent à cœur joie avec toutes sortes d'instruments, ainsi que leur fidèle complice, le saxophoniste Evan Parker, le projecteur est souvent braqué sur Wadada Leo Smith, trompettiste étrangement sous-estimé qu'entoure une section rythmique discrètement opérationnelle composée de John Edwards à la basse et Mark Sanders à la batterie. Tout en se plaçant résolument sur le front des musiques ouvertes, avec des improvisations libres, c'est un vrai bonheur pour ceux qui aiment retrouver les résonances de toujours comme "Track one" (en fait le morceau numéro 5, mais ne cherchez pas le moindre réconfort du côté des titres ) ou "Track two" plus davisien. Une voie plus acoustique qui ne néglige rien de ce qui vrille, où l'électro s'insère et se fond parfaitement dans la pâte sonore, magma plus ou moins dense : la superposition des rythmes et des sons travaille à produire une musique forte et rigoureuse, méditative, quasi-religieuse. Comme dans ce "Lata" qui, après un "Quintet" somme toute "classique" dans le registre du groupe, transporte dans un univers étrange, aspirant toute notre concentration dans les stridences du saxophone, les scansions de l'orgue et tout un ensemble d'effets électroniques. Une sensation d'élévation que l'on retrouve dans le sépulcral "Autumn" qui clôt cet album envoûtant.