Spring Heel Jack live

Spring Heel Jack

par Sophie Chambon le 19/01/2004

Note: 9.0    

Ce projet supporté et encouragé par le tout jeune label Thirsty Ear est le résultat de la tournée anglaise en janvier 2003 du Spring Jack Heel des deux DJ anglais Ashley Wales et John Coxon auxquels se sont joints Han Bennink le Hollandais fou-volant sur sa drôle de batterie, la paire américaine inséparable du bassiste William Parker et du pianiste Matthew Shipp (ici au Fender Rhodes) et encore deux Anglais (pour faire bonne mesure) le saxophoniste Evan Parker et le guitariste John Spaceman. Une équipe mixte qui tente avec succès de regrouper l'électronique, les musiques improvisées en Europe et le free jazz pratiqué actuellement aux Etats-Unis.

En 75 minutes de live sur deux pistes sans titre et de longueur égale, le concert enregistré au Corn Exchange de Bristol ménage suffisamment d'espace aux interventions-installations électroniques et à de petites improvisations acoustiques, des apartés subtils en duo ou trio. Bien que gommant tout aspect illustratif qui rendrait l'approche plus facile, l'interprétation demeure pourtant très lisible. Des musiciens audacieux qui jouent avec nos nerfs, une musique sous tension qui garde une certaine fluidité jusqu'à un final très hypnotique et planant. La première plage démarre sur des guitares saturées, torturées dans la plus belle tradition électrique, couvertes bientôt par les accents du Fender Rhodes et les stridences de ténor, sans oublier glouglouteries et autres souffleries électroniques. Puis se surimposent, par des changements de rythme bien amenés, des passages plus lents à la flûte avant de nouvelles convulsions du ténor et de la batterie qui précèdent un final fragile, aérien .

La deuxième partie commence par un échange très long et délicieusement fougueux de batterie (Bennink est aussi le roi des baguettes) et de walking bass (8' 36 exactement) avant les feulements des autres participants qui rejoignent leurs camarades. Dissonances et explosions de sons en tous genre créent une pâte sonore riche, un magma effusif qu'irriguent des recherches constantes sur la texture, des ruptures de cadence, de tempo. Et aussi quelques irruptions de free (que l'on serait logiquement en droit d'attendre) mais aussi des parenthèses très mélodiques, loin de certains registres rugueux traversés.

Comment qualifier cet accouplement expérimental de jungle /drum'bass avec un jazz qualifié d'avant-garde ? Est-ce la nouvelle musique du XXIème siècle, hybride et intelligente ? On assiste à la création continue d'une musique vivante, à l'architecture singulière, unique dans la forme d'engagement qu'elle suscite de la part de ses membres, tous actifs sur le front des musiques ouvertes.