Taxidermy

Queen Adreena

par Christian Tranchier le 29/08/2000

Note: 5.0    

Taxidermy signe le retour de deux rescapés de feu Daisy Chainsaw (séparés en 1993) : la déjantée Katie Jane Garside et le guitariste-compositeur Crispin Gray, devenus aujourd'hui Queen Adreena. Le titre et l'iconographie (superbe travail lynchien de la photographe Martina Hoogland-Ivanow) annoncent sans détour la couleur : noir, c'est noir !! Embarquement pour ce qui ne sera pas une franche rigolade. Les deux protagonistes aux tâches partagées - à elle les textes et le chant, à lui la musique et les guitares - vont engager une bataille de chaque seconde pour dominer l'autre. De ce duel naissent des titres où chaud et froid alternent sans relâche, où les riffs incisifs, agressifs de Crispin Gray tranchent l'espace vocal modéré et éthéré de Katie Jane Garside Avec cette recette un peu répétitive, la sauce prend parfois ("Cold fish", "Soda dreamer"), mais tourne aussi ("I adore you", "Sleepwalking", "Are the songs my disease!?"). Qu'importe se dit-on, la voix de Kathie Jane est là pour sublimer le moindre défaut, et quelle voix !! Celle-ci est sans conteste l'atout majeur du groupe : elle susurre, griffe, caresse dans le mauvais sens du poil, enchante, hypnotise. Infantile, cristalline et acidulée, elle survole des compositions manquant d'originalité ou/et de charme ou/et d'efficacité. Formidable matériau malléable à ses désirs et injonctions, capable de véhiculer et exprimer des émotions paradoxales en un souffle. Alors, les guitares se faisant moins cinglantes sur le nonchalant "Madraykin" et le monacal "Yesterday's hymn", de telles vocalises brisent et envoûtent les coeurs. Mais quel regret de ne pas trouver davantage de compositions de la trempe d'un "Pretty Polly", vénéneux conte où Blanche-Neige se fait trucider par le grand méchant loup ou d'un "!X-ing off the days!" aux percussions tribales. Malheureusement cet album s'égare et s'étire dans des méandres musicaux nébuleux, où le timbre particulier de la chanteuse ne suffit plus pour sauver les meubles. Au moins, Queen Adreena a le mérite et le bon goût de respecter jusqu'au bout sa ligne de conduite et de rester cohérent avec son univers sombre et tourmenté. Certainement pas une réussite, mais intéressant néanmoins.