Daltonien

Pierre Barouh

par Elhadi Bensalem le 12/09/2007

Note: 7.0    
Morceaux qui Tuent
A coups d'a
Mémoire


Qui aujourd'hui oserait poser avec son chat sur une pochette d'album ? Un artiste qui s'est débarrassé d'un ego embarrassant, ou alors chez qui le nombrilisme rive gauche a toujours été inexistant ? Pas étonnant alors que ce bonhomme-là s'avère être Pierre Barouh. Celui aux antécédents altruistes chargés, et qui d'un anecdotique coup de poker lucratif dans le monde de l'édition musicale au milieu des années soixante avec un film de Lelouch et des "cha-bada-badas" dont personne ne voulait, a réussi quarante ans après, à constituer une solide pelote faite d'amitiés, de disques incontournables et de riches échanges musicaux et humains à travers son label Saravah. Pas étonnant non plus, qu'aucun photographe ou graphiste hors de prix n'aient été convoqués pour réaliser cette pochette qui laisse paraître un Barouh attendri et un chat qu'on imagine le sien, en demi-sommeil.

Sachant tout cela, ce disque forcément sans surprise, charme d'emblée l'auditeur. "A coups d'a" ouvre l'album et le petit contingent du Ukulélé Club de Paris permet à Barouh de poser négligemment sa voix grave, profonde, pas toujours juste, ainsi que des textes ruisselant de sagesse. Ici le maître des lieux n'en est pas vraiment un, et partage son disque au gré de ses amitiés et des pays où il réside. Le schéma est répété à l'envie et certaines chansons se démarquent clairement : "Les indifférentes" de Léo Ferré / Jean-Roger Caussimon, réinterprétée à la sauce tango, "La paresse" dont la musique a été écrite par un compatriote et admirateur japonais. "Mémoire" en duo avec Claire Elzière, ou la chanson titre en duo avec sa fille Maïa, frappent par leur justesse et leur simplicité désarmante. La prétention et l'arrivisme semblent épargner tout ce petit monde qui œuvre tel un rayon de soleil au milieu d'une journée grisâtre. Monsieur Barouh, fumeur devant l'éternel, possède également une voix parfaitement taillée pour le talk-over, dont il use avec parcimonie depuis le début de sa carrière de chanteur : "L'ère des effets secondaires".

"Daltonien" n'est pas un album qui se veut subversif, ou à l'opposé, naïf. Ni purement chanson française, ni vraiment musique du monde, il témoigne simplement, comme Pierre Barouh aime à le répéter d'un insatiable besoin de rendre compte de ses expériences, de ses coups de cœur et de ses voyages. Peu importe la forme musicale qu'ils peuvent revêtir.