Writers without homes

Piano Magic

par Yves Canevet le 22/08/2002

Note: 7.0    
Morceaux qui Tuent
The season is long


Writers without homes est un disque impossible à mettre en case. A son écoute, j'ai pensé à un grand nuage blanc se déplaçant lentement sur un ciel bleu azur. Piano Magic est un collectif à géométrie variable autour du trio Glen Johnson, Miguel Marin et Alasdair Steer. Pour leur troisième album, ils se sont adjoint les services d'invités divers. Le "coté obscur" de Piano Magic s'exprime sur "Music won't save you from anything", qui fait penser à un titre de Swell agrémenté d'arpèges de guitare façon Durutti Column sans que l'ensemble ne soit très convaincant. "Modern Jupiter" et "Already ghosts" viennent compléter le tableau en proposant une mauvaise copie de Dead Can Dance. Fort heureusement, le disque explore aussi et surtout une veine mélancolique plus aboutie. "Postal" repose sur un diptyque xylophone/chant et rappelle certains des meilleurs moments de l'album "Vespertine" de Björk, tout comme l'interlude instrumental "1:30", le morceau en français "Dutch housing" ou encore l'excellent "Certainty". La voix de Caroline Potter y résonne avec tristesse sur fond de harpe. L'ex-Cocteau Twins Simon Raymonde contribue au piano sur trois morceaux qui se distinguent des autres titres de l'album par leur beauté: l'élégant "Crown of the lost", la splendide ballade de près de 9 minutes "The season is long" où piano et violon se répondent tandis qu'un orage s'éloigne dans le lointain, enfin "Shot through the fog" et son texte aux accents baudelairiens: "The black mouth of this month, bruised lips, black ice, forms a sickly smile across London's sky". D'une manière générale, les textes sont d'une densité poétique supérieure au tout-venant de la production pop. Il est d'ailleurs difficile d'imaginer Piano Magic se produire au festival de Benicassim 2001 par 40 degrés, au milieu de groupes d'un abord bien plus immédiat. Piano Magic donne l'impression de jouer à la lisière du monde, quelque part entre Dead Can Dance, Felt, Swell et Blue Nile. "Writers without home" est un disque qui - en une succession d'images sonores et avec une pochette très évocatrice - bâtit une atmosphère unique, parfois sombre, souvent mélancolique, toujours soignée. Valse Piano Magic et langoureux vertige.