| | | par Jérôme Florio le 14/02/2007
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| Cet ovni en provenance de Suède nous révèle le fort potentiel de déconnade des pays nordiques (voir "Les idiots" du voisin danois Lars Von Trier). Découvrir Philemon Arthur & The Dung (PA & TD), c'est s'exposer à tout un tas de légendes, de faits non vérifiés. Et à une bonne crise de rire aussi.
Tout d'abord, les deux histrions n'ont jamais révélé leur véritable identité. Une belle perf' de sous-commandants Marcos de l'internationale "lo-fi", mouvement dont ils pourraient s'attribuer la paternité : leur musique connaît à peine l'électricité - juste ce qu'il faut pour faire tourner un magnéto 4-pistes. Le reste, ce sont des instruments acoustiques pas très frais (guitare, accordéon) et divers ustensiles domestiques non clairement identifiés. PA & TD ont même obtenu un Grammy Award local en 1972 pour "Philemon Arthur & The Dung" incroyable complot dada, tellement lourd de menaces pour l'industrie musicale suédoise que la dite cérémonie en fut suspendue pendant plusieurs années. Le duo vit certainement dans un village à la "Brigadoon" (la comédie musicale de Vincente Minnelli, avec Gene Kelly) et n'apparaît que tous les quinze ans : en 1987, ils refont surface avec "Skisser över 1914 års badmössor", exclusivement vendu en cassette emballée dans une boîte de conserve. Puis en 2002, c'est "Får jag spy i ditt paraply" ("Me permettez-vous de vomir dans votre parapluie ?"). Ce "Musikens historia del 1 och 2" (réédité par Silence leur label d'origine) eprend l'intégralité des albums de 1971 et 1987.
La musique de Philemon Arthur & The Dung, c'est du folklore joué par deux idiots du village, et fins bourrés en plus les bouilleurs de cru locaux ont dû faire fortune. Volontiers régressif et primesautier, on se surprend à penser à l'univers fantasmagorique de Syd Barrett : les chansons, en général courtes (comme les meilleures blagues), se tordent comme des gnomes grimaçants et hilares à la fin d'un banquet. Parfois, elles ont l'air de traditionnels, presque de blues.
Les deux compères étouffent (ou pas) leurs rires, provoqués par un plaisir transgressif et ravageur qui se communique à l'auditeur, malgré la barrière de la langue. On a envie de hululer et de hocher la tête en rythme oui, comme pour du rock'n roll. Rendez-vous en 2017.
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