Deux concerts d'Otis Redding au
programme de la réédition de cette compilation conçue par Gravity
en 1998, la tournée promotionnelle des labels Stax et Volt de 1967
(avec Booker T. & the MG's et Sam & Dave), et le concert du
Festival pop de Monterey auquel Otis apportait sa fougue rhythm and
blues.
Tournée Stax/Volt pour commencer, une tournée
européenne pour promotionner le rhythm and blues us (passée par
l'Olympia à Paris), filmée ici en avril à Oslo, par DA Pennebaker,
image noir et blanc, rêche, sèche. Booker T. & the MG's et
la section de cuivres des Mar-Keys (groupe Stax attitré d'Otis
Redding en tournée) sont le groupe accompagnateur des chanteurs.
Otis ouvre la soirée avec un "Shake"
impeccable. L'intermède qui suit est instrumental, en l'occurrence
Booker T. et ses trois MG's (Steve Cropper, Donald Dunn et Al
Jackson) seuls alignés en rang d'oignons (verts) devant le rideau de scène, avec une version
au cordeau de "Green onions", pulsant comme jamais, et
surtout intelligemment filmés, Pennebaker sachant faire
un gros plan sur Steve Cropper lorsque le guitariste prend un solo
(un savoir "musical" qui semble souvent ignoré des types
filmant des concerts). Grand moment, ces quatre-là ont le groove
dans le sang, et il est si rare de les voir filmés live, hors
playback.
Sam & Dave chantent deux titres, “When something
is wrong with my baby” et "Hold on i'm coming", avant le
retour d'Otis, pour un final avec "Satisfaction" et "Try
a little tenderness", un Otis aussi possédé qu'il pouvait
l'être, chantant comme si sa vie en dépendait, une manière
d'exister sur scène "à la Brel", aux antipodes d'un James
Brown si soucieux des apparences...
Des images hommages
défilent sur la bande son de "Dock of the bay" (son hit
posthume de novembre 1967) en guise de transition avec la prestation
à Monterey, deux mois plus tard.
Monterey est filmé en
couleurs, images plus chaudes, Otis, toujours accompagné de Booker
T. et des Mar-Kays attaque d'entrée avec "Shake", ne se
calme pas d'un iota avec "Respect", les deux groupes
rockent/funkent une rythmique hypnotique, puissante et impeccable,
Otis est dans un fauteuil. Séquence larmes avec "I've been
loving you too long" mais l'ami Redding sait manier les breaks
et roublard, emballer le public. "Satisfaction", groupe en
feu, Otis en feu, public en feu, ça va presque trop vite, "Try
a little tenderness", "l'autre" séquence larmes,
finit comme d'hab en éruption incontrôlable...
Le seul
reproche qu'on puisse faire à Otis Redding est d'avoir enregistré
une centaine de chansons mais de n'avoir perpétuellement chanté que
les six ou sept mêmes sur scène. Ces deux concerts n'y font pas
exception, mais ils restituent excellemment - pour tous ceux qui ne
l'auraient jamais vu sur des planches - l'implication, la passion, la
dévotion qu'il mettait à son art.