| | | par Chtif le 29/10/2004
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| Les filles du metal ne sont pas rares. Encouragées par les mouvements féministes du style riot grrrl, chanteuses, guitaristes (Ruyters Suys de Nashville Pussy, la shreddeuse The Great Kat), bassistes (Nadja de Coal Chamber) et batteuses (Samantha Maloney de Hole et Mötley Crüe) ont depuis longtemps infiltré les rangs d'un genre musical éminemment machiste au départ. C'était pas gagné, c'est le moins que l'on puisse dire. Il faut saluer ici la ténacité de l'apprentie-rockeuse jetée en pâture à un public de mâles bedonnants et poilus, à l'incrédulité immédiate et au quolibet facile.
Les groupes entièrement féminins courent moins les rues par contre, Bikini Kill, L7, Babes in Toyland, Lunachicks, The Donnas en étant les moins obscurs (Hole et Rockbitch ne comptent pas, il y avait un gars dedans !). Ah oui, pardon, j'oubliais Girlschool, les Motörhead avec des seins, mais étaient-ce vraiment des femmes ! Et voilà, désolé, ça m'a échappé ! Notez tout de même que là, on est en plein dedans : exactement le genre de mauvaise blague bien grasse qui fait rigoler le troupeau de hardos ! Le lot quotidien pour nos musiciennes, un vrai parcours de la combattante.
Alors, stoppons cours les plaisanteries, et soyons clair : les canadiennes de Kittie qui nous préoccupent aujourd'hui ne sont ni plus ni moins bonnes que n'importe quel groupe (masculin) scandinave de base. Elles ont choisi pour s'exprimer la frange métallique la plus extrême, d'influence doom ou death metal : des rythmiques pachydermes à la Sepultura ou Machine Head old school sur lesquelles Morgan Lander beugle la plupart du temps comme un troll enroué (faites un effort d'imagination, que diable !), et chante quand même un peu ici et là, comme une Gwen Stefani pleine d'emphase. Les morceaux sont globalement énervés, enrobés de tristesse adolescente (elles ont toutes vingt ans et des poussières au compteur), écoutables aussi, ce qui n'est pas la règle numéro un du genre, mais restent toutefois peu efficaces. On regrette surtout l'aspect mono-bloc de l'ensemble, les principales variations résidant seulement dans l'alternance voix claire-voix troll.
On est très en deçà de la technique des groupes précités, ou de la violence malsaine d'un Slayer, ce qui ne les a pas empêchées de vendre plus d'un million d'albums dans le monde, et de tourner avec pas mal de pointures (Slipknot, Soulfly !). Un succès qui tient plus du phénomène de foire que des réelles capacités du groupe, mais les Kittie sont irréprochables sur au moins un point. Après "Spit", et "Oracle", ce "Until the end" enfonce le clou sans basculement glamour et sans aucun compromis commercial. On ne risque pas de les confondre avec Evanescence sur ce coup.
Leur public, majoritairement composé de fillettes de 15 ans, ne s'y trompe d'ailleurs pas. Kittie représente pour elles un no man's land de cour d'école, cerné par les strings paillettes de la Star Academy, et les faux semblants gothico-punks (Sum 41, Evanescence ! la liste est longue). Ecouter Kittie, c'est une manière claire d'afficher sa rébellion sans romantisme de Prisunic. C'est boire une bière au goulôt, lire Aleister Crowley sans s'en vanter, ou faire des fucks aux passants. C'est se mettre en marge, c'est honnête, et ça ne demande qu'à mûrir. Tout n'est pas perdu : parmi ces fillettes, il y a peut-être une Virginie Despentes ou une Coralie Trin Thi qui sommeille. |
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