| | | par Jérôme Florio le 20/01/2003
| Morceaux qui Tuent No one takes you home Wolf Beatles
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| On pourrait facilement passer à côté du disque de Kathryn Williams. Ne comptez pas sur elle pour tapiner et vous faire de l'il, sa musique ne s'impose pas par la force. Par contre, si vous choisissez de franchir le seuil de sa porte, vous serez accueilli chaleureusement : chez elle, vous êtes le bienvenu.
Les chansons de Kathryn Williams sont comme les pièces d'une maison où se jouent de petits drames intimes. Dès le hall d'entrée, une contrebasse sautillante vous prend par la main et vous emmène faire le tour du propriétaire. A l'étage, vous entrez dans une chambre de jeune fille sage : des posters de ses stars préférées sur les murs, quelques magazines, des photos posées sur la commode et un journal intime qu'on ne peut s'empêcher de feuilleter. Sur le tourne-disques, "Eden" d'Everything But The Girl avec ses bossas tristes. Cette douce musique dessine les contours d'une adolescence rêveuse, passée à compter les gouttes de pluie et à regarder la vie au-dehors, la tête appuyée contre la fenêtre. Vous avez soudain envie de chanter à tue-tête pour chasser le spleen ("No one takes you home"). Ouvrez donc la fenêtre, tendez l'oreille : vous entendez un piano et les voitures qui passent au loin ("Tradition"). Et si vous voulez faire un tour dehors,"Old low light" vous servira de pull confortable que l'on peut mettre à même la peau, et vous tiendra chaud. Vous trouverez dans l'armoire à pharmacie tout ce qu'il faut contre les petits bobos de l'existence : les pincements des cordes pour soigner les pincements de cur, la voix de Kathryn Williams comme baume apaisant pour les histoires d'amour douloureuses. Ici, c'est médecine douce : on soigne les grandes peines avec légèreté ("Wolf", "Daydream & saunter").
Là ou tant de monde utilise les cordes pour lourdement souligner la mélodie et faire oublier la faiblesse des compositions, Williams ne cherche jamais à cacher la fragilité et la simplicité de ses chansons. Elle sait nous chuchoter dans l'oreille, et rien qu'à nous. Comme chez Stina Nordenstam, les arrangements témoignent d'une vive sensibilité, les cordes sont un véritable complément émotionnel et musical. La maison de Kathryn Williams n'a pas d'abri anti-atomique, et pourtant c'est ici que l'on viendra se protéger du fracas des bombes : sa musique est un refuge pour tous. |
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