Destroyed to perfection

Gomm

par Emmanuel Durocher le 29/04/2005

Note: 7.0    

Cher Colin Newman

Un soir pluvieux d'automne 2002, vous avez réalisé le rêve de tout fan de Wire qui se respecte en faisant un come-back remarquable sur la scène du Nouveau Casino. Ce concert avec vos trois acolytes de vingt-cinq ans de carrière en a mis plus d'un en émoi, cependant les sentiments n'étaient pas partagés de la même manière en particulier pour le groupe de votre première partie, admirateur de la première heure dont cette soirée est vite devenu le pire souvenir : votre comportement a, semble-t-il, été des plus odieux, interrompant leur balance, déclarant qu'ils n'avaient rien à faire là ; cette attitude les a énormément déçu et leur a inspiré "Sorry" un titre de leur nouvel album, cri de rage et d'incompréhension dont les paroles se limitent au seul titre. Peut-être est-il temps de leur donner une seconde chance.

1. Gomm est le monogramme de Guillaume, Olivier, Marie et Mathieu ; ils officient depuis sept ans de salles en festivals avec une multitude de concerts et de nombreuses premières parties, ce qui leur a permis de construire une petite réputation. Le look en live est toujours soigné (tendance costard-cravate) avec une disposition en arc de cercle afin de ne mettre personne en avant (même si certains ont plutôt tendance à remarquer Marie sur son synthé).

2. En cette période de désillusion électorale, le groupe écrit une véritable constitution européenne du rock. Originaires de Lille, ils chantent en anglais, français, allemand ou parfois un peu de tout. Cet espéranto est habillé d'un canevas d'influences sonores allant du punk (Wire ou les Buzzcocks sur "Punk 3" et "Rejoice") à la new wave (Joy Division sur "I need" et "Common place") en passant par Kraftwerk pour le côté robotique ou Pink Floyd pour la touche psychédélique ("Sorry") sans oublier d'aller faire un tour de l'autre côté de l'Atlantique chez Sonic Youth, Pixies (les guitares aiguës reviennent souvent) ou les Doors (un petit coup d'orgue sur "Break machine").

Il faut donc reconnaître au quatuor une force de conviction, un acharnement et une énergie pour imposer ses goûts même si ceux-ci ont parfois les défauts de leurs qualités (trop d'influences parfois ressenties, trop de mélanges, un aspect par moment un peu trop robotique…). Des contradictions qui se corrigeront avec le temps, après tout, ce n'est que le premier album. "Ich bin mit mir einverstanden, ich bin mit dir einverstanden" chante Marie sur "Karl Heinz Mücke" ; peut-être une tentative de compréhension entre un groupe mythique de quinquas soupe au lait et un autre plus obscur mais plein d'espérance. A bon entendeur, salut...