Tales from the 47 willows

Fairguson

par Jérôme Florio le 05/01/2010

Note: 7.5    

Bien que "Tales from the 47 willows" commence par une chanson qui s'appelle "Lost again", le groupe parisien semble s'être totalement trouvé pour son deuxième disque : une longue balade avec lyrisme assumé et (fausse) nonchalance sur des terres mentales clairement américaines - un Eldorado à portée de main pour Thomas Sadoun.

La trajectoire de Fairguson est proche de celle des Américains Midlake, auteurs d'un disque bien accueilli en 2007, "The trials of Van Occupanther", auquel "Tales from the 47 willows" semble répondre. Comme le groupe de Tim Smith (avec lequel ils sont amis), Fairguson a sorti un premier album qui a moyennement existé en 2005, avant de connaître aujourd'hui un saut qualitatif brutal qui prend par surprise : Midlake a sans doute été un aiguillon qui a poussé Thomas Sadoun à se dépasser et à faire preuve d'ambition. Ses "tales", ses histoires, montrent la volonté de proposer un ensemble cohérent – à une époque on appelait ça un "concept-album"... Les racines de ces 47 saules plongent effectivement en arrière. On fête en ce moment les vingt ans de "Bleach" de Nirvana (1989) ; mais quand j'étais ado, c'étaient les vingt ans de "Dark side of the moon" de Pink Floyd (1973) qui faisaient l'actualité ! Si l'on en croit les pedal-steel spatiales qui s'alanguissent çà et là, on suppose que la sensibilité de Thomas s'est aussi construite avec la soprano qui couine sur "The great gig in the sky"... Toujours relativement à la même période, l'intro à la douze cordes de "Rough intrusive moving in" rappelle fortement celle de "Tell me why" de Neil Young ("After the gold rush", 1972).
Le son est ample, cinématique : sur la pochette intérieure du disque, le nom de Thomas Sadoun apparaît en dernier comme la mention "réalisé par..." à la fin d'un générique de film. Il y a chez Fairguson un refus de l'étroitesse, à tous niveaux : rien sous les quatre minutes, excepté "Coconuts in Albert's house". Les chansons prennent leur envol, changent de direction, ne cessent de dévoiler leur versant épique - les allergiques complets au rock progressif auront peut-être un peu de mal. Quatre guitares, trois synthétiseurs, deux guitares basses : le son est très riche sans pour autant écraser les compositions et l'ensemble reste léger, ce qui est une belle performance.

Le style "americana" de Fairguson n'est pour eux qu'un point de départ. Ce n'est ni une fin en soi, ni un genre limité à des codes auxquels il faudrait faire allégeance respectueuse  - la distance géographique a du bon. Il y a un esprit proche de Grandaddy, groupe qui avait réactualisé dans les années 90 le folk-rock de Neil Young à la sauce "space-opéra" (volutes de claviers, références risquées à Electric Light Orchestra). La musique de Fairguson, on voit bien d'où elle vient, pas trop où elle va : vers un espace déterritorialisé qui ressemble fort aux vastes paysages américains (accent chamallow certifié conforme en prime), mais qui tire paradoxalement vers l'abstraction à force d'en emprunter les sons et les couleurs.



FAIRGUSON We never met Chris Cool (Novo Session 2009) © Novorama