Punk Anthology

Compilation

par Francois Branchon le 01/02/2007

Note: 8.0    

Bien mal nommé "Punk anthology", ce double Dvd retrace plus largement l'histoire du rock anglais de la deuxième moitié des années 70, lorsqu'il devenait musicalement urgent de balayer les poussées d'arthrose à la Yes et de redonner un contenu politique - au sens large - à la musique. Et on se félicite que la télévision anglaise d'alors (BBC et Channel 4) ait engrangé nombre de reportages et concerts filmés, pour permettre cette sélection d'images (beaucoup) et d'entretiens (peu mais précis - sans bavardages ni anecdotes nostalgiques à la con), et faire de cette anthologie un vrai boulot de référence.

Impressions en vrac : le revival mod (à la suite du film "Quadrophenia") est assez marrant, avec ces pauvres neo-mods qui se la rejouent "bastons à Brighton", même si en 1979, il n'y a plus depuis bien longtemps de bandes de rockers sur les plages de Brighton... A noter au passage, des Jam assez pitoyables, les trois n'ont particulièrement rien à dire, et passent, Weller en tête, pour de sacrées quiches...

Bon passage sur les Clash, interviewés et filmés lors des concerts de 1980, alors que le discours se recentre, intelligemment échappé des chapelles sans issues "il vaut mieux frapper un ou deux coups mais en visant bien, que de marteler comme des sourds, ça fait beaucoup plus mal" (Joe Strummer). C'est exactement ça cher Joe, et ça fait plaisir de te revoir, quatre ans après ta mort, ton intégrité, ton engagement pour les autres, ta révolte saine et pas (trop) désespérée...

Les "filles du rock" (Slits, Pretenders (en répétition!), Girlschool, Siouxsie & the Banshees)... X-Ray Spex... les Adverts... quelques passages de Ian Dury sur scène... une intéressante interview de Bob Geldof et ses appréciations savoureuses sur la presse londonienne (l'intellectuallo-arrogance du NME), et puis un chapitre particulièrement bien foutu, riche et révélateur de ce même mépris : la renaissance du ska jamaïcain à Coventry.
Coventry : centre de l'Angleterre, cieux industriels et tristes, l'usine à bagnoles du pays, quand l'Angleterre fabriquait encore des Rover, des Austin et des Morris, car à partir de 1980 ça commence à sérieusement battre de l'aile, Margareth Thatcher ayant décidé la mort lente. Alors dans la Detroit anglaise, les kids du coin, fils de prolos blancs ET noirs, sécrètent une scène musicale dont l'énergie bouillante est proportionnelle au taux de désolation de leur quotidien. Des groupes se forment, Specials, Selecter, Madness..., jouent, ont du succès en ville, mais aucun des labels "londoniens" ne daigne se déplacer. Tant pis pour eux. Jamais mieux servi que par soi-même, Jerry Dammers des Specials monte le label 2Tone (caractéristique : chaque groupe sera "noir et blanc"). Le premier single publié est un tabac. Tous les labels londoniens prennent le train, découvrent Coventry et rampent pour bouffer 2Tone, mais Dammers les enverra bouler. Résultat, chaque groupe grimpe au top 10 anglais et connaît un succès mondial. Chapeau ! Avec de longs extraits de concerts (Specials, Selecter, Madness) et clips ( (le Playmobil à coups de boule de Madness)...


Sans aucun temps mort ni bla-bla, "Punk anthology" de Wolfgang Büld (témoin de premier plan) est un voyage passionnant de trois heures (où l'on remarque tout de même l'absence des Sex Pistols) sur le tremblement de terre musical qui secoua l'Angleterre et la sortit de son avachissement musical.