| | | par Luz le 31/10/2002
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| On se moule le gras d'un Marcel ou d'un t-shirt bariolé, on s'agrémente les boules d'un short XXL, on chausse sandales et socquettes en cas de petit frais, et en route vers l'aventure : la chasse au kilo de merguez au supermarché le plus proche. On se pèle un peu dans son uniforme de vacancier, mais qu'il est bon de retrouver son rôle de consommateur ! L'intermarché de Proust. Happé par le tourbillon de l'achat, on reviendra au camping le chariot rempli de chips au paprika, de céréales au pâté goût nouveau, de cônes-surprises et de cure-dents fantaisie, dont dix gratuits... Tout cela par milliers. Satisfait de la mission accomplie, on rentre, sifflotant un Claude François, un "Vanina", un Santana, voire un Zebda (pas une de leurs chansons politiques, mais celle qui fait tomber la chemise), chopé on ne sait où. Au supermarché voyons. Tiens, pourquoi de la musique entre les rayons ? Pour créer un cadre familier, nous faire rester, donc nous inciter à consommer, tous les Séguela vous le diront. Évidemment, certains préfèreraient entendre dEUS, Robert Wyatt ou This Heat. Malheureusement, la majorité achetante préfère "Alexandrie Alexandra", Céline Dion ou les Beatles (pas "Revolution 9", faut pas exagérer). Le jour de l'explosion atomique finale, hormis ces durs-à-radioactiver de cafards, il restera un supermarché, un seul. Et nous, en éternels consommateurs morts-vivants, nous continuerons d'y faire nos courses. Cet antre existe déjà : le supermarché de Mr Ferraille ("un coup de boules dans les prix") fut même présenté en janvier dernier à Angoulême, ainsi que tous ses produits, dont son Subutex-mex sauce piquante, ses miettes de dauphins présentées par Ploufi le cétacé, ses trois tongs pour le prix de deux, son Vino Cola, le secret des champions... Sa bande-son est dès aujourd'hui commercialisée : "Music of the dreams", certes hachée par les réclames (Wif-Waf, Cruchy Poin-Poin, Quick Couic la mort-aux-rats pour pigeons), met en valeur les reprises ("Le vol du dindon" et "Alors euro ?" librement inspirés de respectivement Korsakov et Shunato) et laisse la place aux compos originales ("total symphony", superbe), qui parfois samplent le meilleur des morceaux sauvageons (dont un du "Massacre" de Fred Frith et Bill Laswell dans "Fantaisies juvéniles"). Un disque d'érudits branleurs que les Californiens fous The Residents pourraient légitimement jalouser. Et les oreilles se pissent aux tympans. Disponible sur le site http://www.supermarcheferraille.com (rayon bazar) |
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