BOF Brasileirinho

Compilation

par Damien Rupied le 17/01/2006

Note: 8.0    

"Brasileirinho" est un documentaire du cinéaste finlandais Mika Kaurismäki (frère d'Aki) sur le choro. Installé à Rio depuis le début des années 90, ce n'est pas le premier film de Kaurismaki sur la musique brésilienne. En 2002 il avait déjà réalisé le beau "Moro no Brasil" sur la samba. Il connaît donc son sujet et ne se contente par conséquent pas d'une vision touristique et exotique de cette musique.

Dans son nouveau film, le choro est donc à l'honneur. Cette musique essentiellement instrumentale a été inventée dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle à Rio. Son nom vient du portugais "chorar" qui signifie "pleurer", en référence à la façon larmoyante dont les musiciens populaires de la région de Rio ont amolli les polkas européennes. Face à la samba d'origine africaine, le choro fait ainsi figure de plus européenne des musiques brésiliennes. Mais, dès le début du vingtième siècle, par l'introduction de percussions afro-brésiliennes, le choro prend une coloration véritablement brésilienne, s'éloignant ainsi de ses modèles. De plus, la large place laissée à l'improvisation a conduit certains à évoquer un "jazz brésilien" pour le caractériser. Popularisé par des musiciens comme le flûtiste et saxophoniste Pixinguinha ou le joueur de bandolim (une variante brésilienne de la mandoline) Jacob do Bandolim, le genre à connu son heure de gloire dans la première moitié du vingtième siècle, avant l'avènement des formes modernes de musique populaire (bossa-nova, tropicalisme...). Pourtant, il semblerait qu'à l'heure actuelle on assiste au Brésil à un renouveau du genre. C'est de cela que le documentaire de Kaurismaki tente de témoigner.

Pour cela, le cinéaste construit son film autour d'un concert donné par le groupe Trio Madeira auquel se joignent quelques uns des principaux acteurs du renouveau du genre : le tromboniste Zé da Velha, les chanteuses Teresa Cristina et Zézé Gonzaga, le percussionniste Marcos Suzano, le clarinettiste Paulo Moura ou encore le guitariste Yamandu Costa. Du bien beau monde qui redonne vie à quelques grands classiques du genre comme le célèbre "Carinhoso" de Pixinguinha. Le seul regret qu'on peut légitimement avoir face à ce film est l'absence du formidable Hamilton de Holanda, un jeune joueur de bandolim qui est pour beaucoup dans le regain d'intérêt que connaît aujourd'hui le choro en dehors des frontières brésiliennes. La bande originale du film permet de se replonger dans la délicieuse ambiance du concert du Trio Madeira. De se laisser bercer par la tendresse naturelle des mélodies interprétées. Et d'élargir ses connaissances musicales brésiliennes au-delà du seul cercle de la samba et de la bossa. Intéressant et agréable à la fois.