Jamais les jeunes groupes de rock n'ont été aussi pleinement conscients de leur image. Ils ont pour eux toute l'histoire de la pop-music - qui fait aujourd'hui vendre plus de fringues (ou des portables, ou des bagnoles) que des disques - et une connaissance intime des rouages de l'industrie. La courte bio des Black Kids ressemble fort à celle de MGMT : d'abord un Ep autoproduit sorti il y a un an ("Wizards of ahhhs"), qui a créé le buzz dans la sphère internet, un phénomène boule de neige que l'on commence à bien connaître. Ensuite, passage dans un vrai studio entre les mains d'un producteur compétent, ici Bernard Butler, qui relifte le son modeste des débuts en machine de guerre hertzienne. Butler ne trahit pas l'esprit du EP originel (tous les titres sont réenregistrés, ou du moins sévèrement remixés) en poussant à fond le style du groupe : du rock énergique et dansant enrobé de synthés (gimmicks outrageusement voyants), avec des refrains malins à reprendre en choeur avec Reggie Youngblood. Sa voix est proche de Robert Smith, d'ailleurs l'ombre de The Cure plane sur tout le disque : marrant de voir comment un des groupes les plus déprimants de tous les temps est maintenant la référence d'une pop dansante grand public. Au final, rien de bien neuf depuis au moins The Rapture... Comme pour MGMT, la pop festive des Black Kids est contrariée par le vague sentiment d'être un produit défectueux dans la chaîne de production jeuniste. C'est peut-être ça, la mélancolie d'aujourd'hui ; la réponse semble être un hédonisme plein de bonne volonté, mais qui distille un sentiment d'échec programmé dont on n'arrive pas à se défaire ("Hurricane Jane", pour le meilleur). "Dance ! Dance ! Dance !", surtout ne penser à rien d'autre, au risque d'être effrayé par le gouffre sous nos pieds.