Rocking chair

Airelle Besson & Sylvain Rifflet Quintet

par Sophie Chambon le 07/07/2007

Note: 8.0    

Si on aime les labels indépendants, on ne peut que suivre, de très près, le travail de Chief Inspector, né en 2003 de la détermination de Nicolas Netter et Olivier Pelerin. Les musiciens qui participent à l'aventure sont tous jeunes et bien ancrés dans leur époque, on ne sera donc pas du tout surpris de voir la tribu s'agrandir, d'un nouveau groupe mené par le "couple" Airelle Besson et Sylvain Rifflet que l'on découvrit pour notre part au Tremplin Jazz d'Avignon en 2004.

Un quintette acoustique soutenu, renforcé par le travail sur le son de Gilles Olivesi qui suit les musiciens en concert, sculptant, prolongeant par des effets dont il a le secret, les textures et couleurs de chaque instrumentiste. Un son spatial, mais pas nécessairement rock dans ce tendre "Duo", ou "Eternité". Du jazz ? Assurément mais pas seulement, croisé d'autres influences (percussif et exotique dans le "Fly away" qui emmène ailleurs ou dans ce "Désert" un peu mélancolique). Une douceur quelque peu lunaire, une fluidité qui s'enroule, se déroule, s'étire et pourtant ce "Rocking chair" n'incite pas à la paresse pour autant. Ce serait sans compter la belle énergie rock du contrebassiste Eric Jacot et du batteur Nicolas Larmignat qui interviennent souvent de façon progressive comme sur le final déferlant de "Tsunami" évidemment. Des contrastes forts entre les timbres, des associations superposées, des strates empilées comme dans ce "Boo boo" inaugural, des ruptures de rythme, des échappées fulgurantes. Et pourtant l'album a une réelle cohésion, impulsée peut-être par les soufflants qui maintiennent le cap de leurs compositions. Airelle Besson a un phrasé souple et délié à la trompette, délicatement effusif ("Mai-ion"), doucement lyrique dans ses solos ; Sylvain Rifflet, aux saxophones, l'équilibre, complétmentaire, plus offensif et tranchant ("Wee wee"). Pourtant, à la clarinette, il a composé un petit thème que l'on repère tout de suite, qui s'insinue et persiste dans la mémoire auditive, contrairement au titre malicieux "Forget it". Dans l'une et l'autre de ces compositions, le guitariste Pierre Durand accompagne, prolonge, relance l'échange avec grâce.

Une esthétique nouvelle ? Peut être, un climat insolite qui s'installe en tous les cas, cette musique rassemble - c'est déjà beaucoup - flirtant entre jazz et rock, électronique et acoustique, évitant le piège des classifications hâtives. Plus complexe qu'il n'y paraît à la première écoute. Et c'est cela que l'on retient… A suivre assurément.