| | | par Nicolas Wienders le 01/11/2000
| Morceaux qui Tuent Aman Les mots me viennent Gibran
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| Abaji... que peuvent cacher ces trois syllabes exotiques en ces temps de pokémania aigüe? Les premières notes centrent très vite les débats : Méditerranée. Abaji est libanais, de père un peu grec, de mère un peu turque. Exil en 1976 quand la guerre embrase les cèdres. Arrivée à Paris avec pour vague projet d'étudier les médecines douces et les arts martiaux. Mais une petite guitare-sitar à cinq cordes de son invention est dans les bagages. Premier album en 1995 "Paris Beyrouth" (en hommage aux Nonnes Troppo ?), le deuxième, qui nous concerne, est déjà celui de la maturité. La plénitude s'installe, et les péripéties de la vie se mêlent à un imaginaire vagabond. Douceur et violence s'entrecroisent, sonorités et parfums enjôleurs de l'orient dissolvant les bleus à l'âme récurrents. Chanteur, auteur, Abaji est un compositeur virtuose qui manipule les instruments comme autant d'ingrédients susceptibles de composer des morceaux doux au palais, remplis des voyages et des cultures rencontrées. Guitare-sitar donc, caressée à l'archet ou plus vertement grattée, oud, Alhambra classique, takamines 12 et 6 cordes, cette dernière utilisée façon slide est omniprésente sur l'album, zest de clarinette, derbouka. Un accordéon, des percussions, viennent réhausser les saveurs nord africaines et gauloises de l'ensemble. La voix est parfois tendre telle une pâtisserie au miel, aux accents de piments forts, ou bien elle se tait. Le Français succède à l'arabe, et inversement. Les mélodies sont festives ou plus recueillies. Harmonies hexagonales partagent la place avec tarab mélancolique et énergique quawwali. Plaisir des yeux, plaisir des sens. Fallait-il vraiment quitter ce côté de la mort ? Abaji a le blues, il a quitté sa baie. Mais le pélerinage n'est pas vain, construisant des ponts entre tous ces rivages du bassin méditerranéen. Un disque sincère et attachant. Un disque vaste comme le monde, riche de couleurs, de mille odeurs. Une musique hors des frontières. Il faut aimer tous les sons même quand ils diffèrent. Il faut aimer tous les mots même d'inspiration étrangère. |
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